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    Publié : 18 avril
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    Fêter Valentin en grec, latin et français.

    Pour fêter la Saint-Valentin, l’équipe de Lettres relit ses classiques. Guillaume Boussard a cueilli et mis en voix quelques pièces qu’il aime dans le recueil L’égal des dieux. Cent versions d’un poème de Sappho, publié par Philippe Brunet en 1998 aux éditions Allia... à lire et à écouter immodérément !

    À UNE FEMME AIMÉE

    Sappho de Mytilène

    (VIIe-VIe s. av. J. C.

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    Catulle

    (84-54 av. J. C.), poème 51

    Ille mi par esse deo videtur,
    Ille, si fas est, superare divos,
    qui sedens adversus identidem te
    spectat et audit.

    dulce ridentem, misero quod omnis
    eripit sensus mihi ; nam simul te,
    Lesbia, aspexi, nihil est super mi
    vocis in ore,

    lingua sed torpet, tenuis sub artus
    flamma demanat, sonitu suopte
    tintinant aures, gemina teguntur
    lumina nocte.

    Otium, Catulle, tibi molestum est ;
    Otio exultas nimiumque gestis.
    Otium et reges prius et beatas
    perdidit urbes.

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    Louise Labé

    Sonnet VIII (Lyon, 1555)

    Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
    J’ai chaud extrême en endurant froidure :
    La vie m’est et trop molle et trop dure.
    J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

    Tout à un coup je ris et je larmoie,
    Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
    Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
    Tout en un coup je sèche et je verdoie.

    Ainsi Amour inconstamment me mène ;
    Et, quand je pense avoir plus de douleur,
    Sans y penser je me trouve hors de peine.

    Puis, quand je crois ma joie être certaine,
    Et être au haut de mon désiré heur,
    Il me remet en mon premier malheur.

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    Pierre de Ronsard

    Les Amours de Marie, Paris, 1560

    Je suis un demi-dieu, quand assis vis-à-vis
    De toi, mon cher souci, j’écoute les devis,
    Devis interrompus d’un gratieux sourire,

    Souris qui me détient le cœur emprisonné,
    Car en voyant tes yeux je me pâme étonné,
    Et de mes pauvres flancs un seul mot je ne tire.

    Ma langue s’engourdit, un petit feu me court,
    Honteux dessous la peau je suis muet et sourd,
    Et une obscure nuit dessus mes yeux demeure ;

    Mon sang devient glacé, l’esprit fuit de mon corps,
    Mon cœur tremble de crainte, et peu s’en faut alors
    Qu’à tes pieds étendu sans âme je ne meure.

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    Nicolas Boileau

    Traduction du Traité du Sublime de Longin,1674

    Heureux ! qui près de toi, pour toi seule soupire,
    Qui jouit du plaisir de t’entendre parler,
    Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.
    Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l’égaler ?

    Je sens de veine en veine une subtile flamme
    Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois :
    Et dans les doux transports où s’égare mon âme.
    Je ne saurais trouver de langue ni de voix.

    Un nuage confus se répand sur ma vue.
    Je n’entends plus : je tombe en de douces langueurs ;
    Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
    Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs.

    Mais quand on n’a plus rien, il faut tout hasarder …]

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    François de la Roche-Aymon,

    Poésies d’Anacréon et de Sappho, Paris, 1882

    À la femme aimée

    Il me paraît être l’égal des dieux,
    Cet homme qui, perché sur ta bouche vermeille,
    Enivré de la voix qui frappe son oreille,
    Te dévore des yeux.

    Tu lui souris d’un sourire enchanteur.
    Cette vue augmentant le mal qui me domine,
    Dans le frémissement qui règne en ma poitrine
    Fait tressaillir mon cœur.

    Ma voix se tait dans ma bouche, et mes sens
    Brûlent d’un feu subtil glissant de veine en veine ;
    Mon œil voilé s’éteint, et je perçois à peine
    Quelques bourdonnements.

    Mon corps se noie en de froides sueurs ;
    Un tremblement nerveux m’agite tout entière,
    Et, pâle comme l’herbe arrachée à la terre,
    Je sens que je me meurs.

    Au désespoir, il me faut tout oser.........

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    André Marckowicz

    Le Livre de Catulle, 1985

    Il me semble presque divin, cet homme,
    Lui, s’il plaît aux dieux, les surpasse même,
    Quand il te fait face et qu’il te regarde
    Et qu’il t’écoute

    Rire, toute tendre, ce qui me brouille,
    Malheureux, l’esprit ; - que je t’aperçoive,
    Et cela, Lesbie, fige dans ma gorge
    Toute parole,

    Pétrifie ma langue, foudroie mes veines
    D’un brasier malin, -mes tympans bourdonnent
    Jusqu’au fond du crâne, mes deux lumières
    Voient les ténèbres.

    Le repos, Catulle, fera ta perte,
    Le repos t’excite, te tient, te comble,
    Le repos a tué tant de princes, tant de
    Villes heureuses.

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    Philippe Brunet

    Sappho, Poèmes et fragments, 1991

    Un rival des dieux, tel me semble l’homme
    que je vois assis devant toi, de face,
    lui qui peut t’entendre, si proche – douce
    lorsque tu parles,

    saisissante, lorsque tu ris – ce rire
    qui, en moi, a bouleversé mon âme.
    Car à peine je t’aperçois, je reste
    toute muette ;

    et ma langue est comme brisée ; se glisse,
    à travers mon corps, une fine flamme,
    et mes yeux, aveugles, se vident, mes o-
    -reilles bourdonnent,

    la sueur ruisselle sur tous mes membres,
    un frisson me prend : plus livide encore
    qu’herbe jaunissante, je crois sentir la
    mort qui s’approche.

    Tout est supportable, pourtant, si même
    pauvre...

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