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Publié : 6 octobre
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Réaliser une anthologie sonore

1. Présentation et objectifs du projet

Dans une classe de quatrième, lors d’une séquence intitulée « Héroïsme d’état, héroïsme du cœur », consacrée à l’étude de la tragédie de Corneille, Horace, une anthologie sonore a été réalisée.
Dans le cadre du cycle 4 et de l’entrée, « Vivre en société, participer à la société », une séquence sur la pièce de Corneille, Horace, permet une interrogation sur la confrontation de valeurs considérées comme intangibles. Elle est un moyen d’ouvrir la réflexion des élèves sur la façon dont la littérature prend en charge la représentation des conflits entre individus et société. Enfin, elle est l’occasion de prendre conscience que l’étude d’une tragédie invite à une interrogation sur le matériau théâtral.
Afin de mesurer la perception esthétique de la pièce, la réalisation d’une anthologie sonore a été proposée à la fin de la séquence. L’enjeu de ce travail a été de faire percevoir aux élèves comment la mise en voix d’un extrait théâtral révèle la compréhension d’ensemble de l’œuvre.

2. Organisation

Le projet de réalisation d’une anthologie sonore a été proposé à une classe de quatrième, avec un effectif de vingt-neuf élèves, par Madame Croix, professeur agrégé de Lettres Modernes, au collège Albert Camus d’Yvetot.
Afin de permettre un enregistrement en format de fichier .mp3, les élèves ont été invités à utiliser l’application gratuite pour Android, « HI-Q MP3 Voice Recorder », ou à utiliser le logiciel gratuit Audacity.

3. Descriptif de l’activité et des outils

La réalisation de l’anthologie sonore a été commencée en classe par un temps de recherche d’extraits pour chaque élève. Chaque élève a été libre dans le choix des passages. Il a été demandé de préparer une justification écrite pour chaque morceau choisi de la tragédie.
L’oral a été au cœur des différentes séances de la séquence et a été le moyen par lequel les élèves ont pu se détacher d’une lecture unique d’un texte. Le travail sur la langue, présent tout au long des séances, a été une façon d’étudier le matériau langagier. Par la mise en voix des vers, les élèves ont pris conscience du mot comme matière. Ils ont compris combien la prononciation précise des syllabes fait vivre le mot. Ils ont mesuré l’importance de l’agencement entre les mots et surtout ils ont saisi combien les mots ne valent rien sans les silences. Ils ont notamment pris conscience que si l’on ne marque pas un temps entre certaines propositions, la phrase n’existe pas. Par la mise en voix des vers, la tragédie a pris sens.
L’entraînement à la mise en voix des extraits choisis n’a pas été effectué en classe mais il a été conseillé, avant l’enregistrement de la lecture expressive. Lors de la séquence, les élèves ont été invités à une lecture expressive, à de nombreuses reprises. Dès les premières séances, la prosodie a été au cœur des études et des échanges oraux, lors des analyses de vers. Les règles de versification ont participé de cette prise de conscience d’une mélodie de l’alexandrin. La lecture du texte théâtral – la tragédie relevait de la « poésie dramatique » –, se rapproche de celle de la poésie, laquelle exige du lecteur de prêter sa voix au texte pour l’entendre. La tirade de Sabine a fait l’objet d’une mise en voix et d’une étude de différentes captations de mises en scène pour que les élèves prennent conscience des effets de lectures plurielles. L’évaluation intermédiaire a comporté une lecture d’une réplique de Sabine ou d’une réplique de Camille de la scène 4 de l’acte III. Cette lecture a été évaluée du point de vue du respect des règles de versification (règle du –e muet, diérèses éventuelles, césures, liaisons) et de la façon dont la lecture construit le sens de la scène. L’évaluation finale a aussi invité à une lecture expressive d’un extrait de la scène 1 de l’acte V.
L’anthologie sonore a été accompagnée de justifications enregistrées pour les passages lus. La présentation des choix a été une façon de réinvestir les éléments vus, au moment de l’étude de tirades, pour rendre le discours convaincant et séduisant. Le théâtre est ainsi une école d’art oratoire, tant pour l’apprentissage des discours que pour l’entraînement à l’actio que traduit l’intonation, par exemple.
Lors de l’écoute des vers choisis par les élèves, il a été intéressant de noter que certains extraits revenaient. Les élèves ont alors saisi combien les extraits partagés dans la classe devenaient des références communes.

4. Corpus et supports utilisés

Pour l’étude de la pièce de Corneille, Horace, l’édition Librio a été choisie (Pierre Corneille, Horace, Librio, Librio théâtre, 2013).
Pour la réalisation de l’anthologie sonore, la consigne suivante a été donnée aux élèves :

Vous allez devoir réaliser une anthologie sonore, à partir de la pièce de Pierre Corneille, Horace. Votre anthologie devra comporter au moins dix passages différents de la pièce, lus avec soin et accompagnés d’une justification pour chaque passage sélectionné.
Les enregistrements devront se faire sous le format de fichier .MP3. (Pour cela, vous pouvez télécharger une application ou utiliser des logiciels tels qu’Audacity.) Les enregistrements devront être remis par la messagerie d’Arsène ou par clé USB.
(cf. Document à télécharger, ci-dessous, page 2)

5. Réalisations d’élèves

Les enregistrements des élèves ont été déposés sur l’Espace Numérique de Travail de l’établissement.

Quelques exemples d’enregistrements :


Vers 25-60


Vers 25-60 (justification)


Vers 542


Vers 542 (justification)


Vers 712


Vers 712 (justification)

6. Bilan

Lors de la réalisation de l’anthologie, les élèves ont perçu l’essence d’un texte théâtral et ont pu s’approprier la tragédie de Corneille. Ils ont saisi le rapport sensible et intime de la lecture avec le sens. Ils ont pris conscience de l’effet esthétique produit par le texte. Par le biais de la lecture orale du texte, ils ont pu mesurer combien les ressources expressives et créatives de la parole construisent l’interprétation de la tragédie cornélienne. Enfin, cet exercice de mise en voix du texte a permis de constater que le plaisir du texte théâtral relève d’une identification à l’acteur. Le texte de théâtre est apparu aux élèves comme une partition musicale « qui reste lettre morte tant qu’elle n’est pas interprétée par les musiciens » (Naugrette Florence, Le Plaisir du spectateur de théâtre, Éditions Bréal, 2002).

7. Perspectives

La réalisation d’une anthologie sonore peut être réalisée dès le cycle 3, en sixième, et peut être proposée tout au long du cycle 4. Elle est l’occasion de travailler les compétences orales et de permettre une réflexion sur le matériau langagier par le plaisir de l’appropriation d’un texte.

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